LES SAISONS EN ENFER DU JEUNE AYYAZ



Par Reza Baraheni





Des arômes enivrants embaument les jardins Firouzi tandis
que des prières élèvent à la gloire du Très-Haut leur
lamentation lancinante. Dans la pénombre du palais la reine
mère attire Ayyâz sur sa couche, prélude à la sodomisation
du jeune esclave par le roi, son fils. Plus tard, sous
les yeux d'une foule en transe, le souverain Mahmoud et
Ayyâz découpent à la scie le corps vivant d'un homme - prophète ?
martyr ? - avec une remarquable minutie.La victime rappelle
une figure emblématique de l'histoire de l'Iran: son cri est
"Je suis la Vérité" C'est la vérité de tout temps qui est
ici forcée puis mise en morceaux sous les coups du tyran.
C'est le peuple entier qui est mis à plat ventre à
travers la figure de l'esclave Ayyâz :l'Histoire s'écrit
sur sa croupe. Au cours d'hallucinantes scènes de
fornication, corps individuel et corps collectif sont livrés
à la jouissance du pouvoir en même temps qu'au pouvoir
de la jouissance.

La publication de ce somptueux et terrifiant roman est une
première mondiale. Raccourci de l'histoire millénaire de
l'Iran, ce texte, interdit naguère par la police du Shah,
est un livre à maints égards bien plus scandaleux que
certaines oeuvres d'auteurs frappés aujourd'hui par la
censure des mollahs. Sur l'échelle de la transgression et
de la provocation, Baraheni est à ces derniers ce que Sade,
en France, fut à ses contemporains.


une page sample
Je me dis alors : comment aurais-je pu savoir que l'Histoire
allait... et Mahmoud complète : "... allait s'écrire sur ta
croupe ?" Mahmoud lit dans mes pensées. Ma grand-mère
emplissait sa bouche de prières, elle en gonflait ses deux
joues, faisait graviter sa tête autour des nôtres et lâchait
dans un souffle : "Que Dieu vous préserve des patrouilles
nocturnes de l'Emir !" J'ai oubhe ma grand-mère. Le
menton de Mahmoud ressemble à un roc. Ses soeurs
jumelles ont toutes deux de petits yeux, un double menton
blanchâtre, et, tout comme celles de la Laie,1 épouse du
défunt Émir, leurs lèvres sont charnues. Une nuit, j'ai
dormi entre ces deux jumelles. Leur chambre est située à
l'arrière du palais, dans l'aile orientale. Au beau milieu de
la nuit, Mahmoud m'a sorti de leur couche commune, m'a
administre une violente paire de gifles et m'a trâiné par
terre jusqu'à sa chambre. Il a mis. ses soeurs aux arrets
pour un mois dans la leur. Une nuit, )e suis allé regarder
par le trou de leur serrure pour épier ce qu'elles étaient
en train de faire. J'ai u'elles s'étaient toutes dévêtues
et se livraient 1'une contre l'autre à un long frotti-frotta.
Les soeurs jumelles de l'Émir sont nées au neuvième siècle
de l'Hégire, à cinq minutes d'intervalle. Vers le cinquième
siècle, elles sont restées neuf mois côte à côte dans le
ventre de la Laie et, depuis le jour de leur naissance, elles
n'ont cessé de vivre ensemble. Elles ont bu le lait d'une
seule et même nourrice. Chacune a bu le lait d'un des
deux seins de celle-ci. Elles se ressemblent. Mahmoud sait
que c'est moi ui ai dépucelé l'une et l'autre. Mais, au
regard du fait de dormir dans les bras de Mahmoud, ça
n'a pas grande importance. Un haut miroir se dressait au
pied du lit our tout refléter.Nous commencions par le
jeu du miroir. Maintenant que je suis en train de contempler
son large menton carré, volontaire, j'arrive très bien à me
souvenir... Nous commencions par le jeu du miroir. C'était
toujours lui le premier, il s'enflammait plus vite que moi.
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